Il y a 2 000 ans, Paul organisait déjà le don régulier à l'Église

Maëlys
June 8, 2026
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Vers l'an 57, depuis Éphèse, Paul dicte une lettre à la communauté chrétienne de Corinthe. Et au chapitre 16, il glisse quelques lignes pratiques sur quelque chose d'assez banal : la gestion d'une collecte. Des instructions précises, presque administratives. Le genre de passage qu'on saute facilement.

Sauf que cette instruction-là a traversé deux millénaires. Et qu'elle ressemble étonnamment à ce que fait DPS aujourd'hui.

Il y a 2 000 ans, un système déjà très rodé

Voici ce que Paul écrit aux Corinthiens (1 Co 16, 1-3, traduction liturgique AELF) :

« Pour ce qui concerne la collecte en faveur des saints, agissez, vous aussi, comme je l'ai ordonné aux Églises de la Galatie. Que chacun de vous, le premier jour de la semaine, mette à part chez lui ce qu'il pourra, selon sa prospérité, afin qu'on n'attende pas mon arrivée pour recueillir les dons. Et quand je serai venu, j'enverrai avec des lettres, pour porter vos libéralités à Jérusalem, les personnes que vous aurez approuvées. »

1 Corinthiens 16, 1-3 (AELF)

Trois versets. Et dedans, en creux, un vrai système :

Régulier. "Le premier jour de la semaine." Pas "quand tu te souviens", pas "selon l'inspiration". Un rythme fixe, hebdomadaire.

Proportionnel. "Selon sa prospérité." Le montant est libre, ajusté à chaque situation. Pas de tarif imposé.

Anticipé. "Mette à part chez lui." La mise de côté se fait avant la réunion communautaire, à la maison. Un geste personnel, préparé.

Transparent. "Les personnes que vous aurez approuvées." Les délégués sont désignés par la communauté elle-même, et ils voyagent avec des lettres de recommandation vérifiables.

Ce texte est la première description d'une collecte régulière et organisée dans l'histoire chrétienne. Pas une aumône impulsive. Pas une quête improvisée. Un prélèvement hebdomadaire anticipé, géré avec transparence.

Pour qui ? Et comment Paul organisait tout ça

Derrière cette collecte, un contexte précis. La communauté chrétienne de Jérusalem est fragile depuis plusieurs années, fragilisée par la famine (vers 47-48 apr. J.-C., sous l'empereur Claude) et par l'isolement social de ses membres convertis. Une première collecte d'urgence a déjà eu lieu (Ac 11, 27-30). Mais Paul va beaucoup plus loin : il organise une collecte durable, sur plusieurs années, impliquant plusieurs communautés. La Galatie, la Macédoine, Corinthe, et probablement Rome. Une solidarité inter-Églises à l'échelle du bassin méditerranéen.

Et pour que tout ça fonctionne, Paul insiste sur un point qui pourrait surprendre : la transparence. Dans sa deuxième lettre aux Corinthiens, il explique pourquoi il a désigné des délégués avec soin : "Nous voulons par là éviter tout reproche à cause des grosses sommes dont nous assurons le service ; en effet, nous nous appliquons à bien agir, non seulement aux yeux du Seigneur, mais aussi aux yeux des hommes." (2 Co 8, 20-21)

L'exigence de reddition de comptes, c'est apostolique. Ce n'est pas une invention comptable du XXIe siècle.

Si tu veux comprendre comment les premières communautés géraient leurs biens en dehors de cette collecte, notre article sur la Pentecôte et les premiers chrétiens éclaire un autre pan de cette histoire.

Mais Paul ne s'arrête pas à l'organisation. Dans sa deuxième lettre, il s'attaque au pourquoi.

Ce que Paul dit sur le don, et qui reste vrai

Les chapitres 8 et 9 de la deuxième lettre aux Corinthiens sont les textes les plus riches de la Bible sur la question du don. Pas des règlements. Une réflexion sur le pourquoi et le comment, portée par une conviction forte.

Paul commence par un exemple : les Macédoniens, des chrétiens qui vivent eux-mêmes dans la pauvreté, ont demandé avec insistance à participer à la collecte. "Dans les multiples détresses qui les mettaient à l'épreuve, l'abondance de leur joie et leur extrême pauvreté ont débordé en trésors de générosité." (2 Co 8, 2) Ce n'est pas une stratégie de fundraising. C'est quelque chose qui se passe quand les gens donnent librement et joyeusement.

Puis il pose la théologie :

« Que chacun donne comme il a décidé dans son cœur, sans regret et sans contrainte, car Dieu aime celui qui donne joyeusement. »

2 Corinthiens 9, 7 (AELF)

Pas de culpabilisation. Pas de chiffre minimum. Pas de pression. La liberté est le fondement du geste. Et Paul précise, plus haut dans la même lettre : "Ce n'est pas un ordre que je donne, mais je parle de l'empressement des autres pour vérifier l'authenticité de votre charité." (2 Co 8, 8)

Il pose aussi le principe d'équilibre entre communautés : "Ce que vous avez en abondance comblera leurs besoins, afin que, réciproquement, ce qu'ils ont en abondance puisse combler vos besoins." (2 Co 8, 14) Aujourd'hui on aide Jérusalem. Demain ce sera peut-être Corinthe.

Et enfin, l'image qui englobe tout : "Vous connaissez en effet le don généreux de notre Seigneur Jésus Christ : lui qui est riche, il s'est fait pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté." (2 Co 8, 9) Donner, c'est imiter le geste du Christ qui s'est dépouillé par amour pour enrichir ceux qu'il aimait. Ce n'est pas un appauvrissement. C'est une participation.

Ce que Paul a posé comme fondation, il y a 2 000 ans

Si on résume ce que Paul a mis en place, quatre principes ressortent. Ils n'ont pas vraiment vieilli.

Ce que Paul a mis en place Texte Ce que ça donne aujourd'hui
Régularité programmée 1 Co 16, 2 Prélèvement mensuel automatique
Proportionnalité libre 1 Co 16, 2 Montant librement choisi, sans minimum
Solidarité inter-communautés 2 Co 8, 1-5 Diocèse + paroisse, en un seul geste
Transparence et reddition de comptes 2 Co 8, 20-21 Reçu fiscal, traçabilité en ligne

Ce n'est pas une filiation directe et documentée. C'est une continuité d'esprit. Entre la mise de côté hebdomadaire des Corinthiens et le prélèvement mensuel d'un catholique de 2026, il n'y a pas de transmission institutionnelle en ligne droite. Mais il y a la même logique : un geste libre, régulier, organisé, au service d'une communauté qu'on ne voit pas toujours mais à laquelle on appartient.

Le denier de l'Église, apparu progressivement dans l'histoire de l'Église catholique, est l'héritier de cette intuition paulinienne. Et DPS en est la forme actuelle : simple, mensuelle, traçable.

Questions fréquentes

La collecte de Paul, c'est la même chose que la quête ?

Non. La quête est un acte liturgique, déposé pendant la messe. Elle ne donne pas droit à reçu fiscal et reste dans un registre sacramentel. La collecte de Paul se faisait en dehors de la réunion liturgique, "chez soi", avant le rassemblement. C'est plutôt l'ancêtre du don régulier hors messe, pas de la quête.

Est-ce que Paul donnait des reçus fiscaux ?

Non. Mais il désignait des délégués mandatés voyageant avec des lettres de recommandation vérifiables. L'exigence de transparence est la même. La forme a changé : aujourd'hui c'est un reçu fiscal, pas un parchemin de recommandation.

Quel lien entre la collecte de Paul et le don à ma paroisse aujourd'hui ?

La continuité n'est pas institutionnelle. C'est une continuité d'esprit : l'idée que les fidèles soutiennent leur communauté de manière régulière et organisée, avec transparence, remonte directement à Paul. Tout ce que la tradition chrétienne dit sur le don à l'Église s'inscrit dans cette longue histoire.

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